L’air sentait le bois de cèdre dans cette pièce exiguë où se tenait le débriefing de ma mission. Les chaises de la salle de réunion craquaient au moindre mouvement. J’écoutais attentivement le tictac que produisait l’horloge accrochée au mur, perdue dans mes pensées, alors que la voix du commandant résonnait en fondu dans mes oreilles. Je savais qu’il parlait, mais les sons n’étaient pas analysés par mon cerveau. Je m’en voulais de ne pas avoir poursuivi la femme. Elle était une menace, j’en étais certaine. Elle m’avait certainement vu tuer ces hommes, et bien qu’elle m’ait aidé, je ne savais rien de ses réelles intentions. Peut-être avait-elle prévu me tuer aussi après avoir réglé son compte au garde.

Le commandant félicitait l’équipe d’extraction pour avoir récupéré les armes : une bonne trentaine de fusils de gros calibres, des armes automatiques interdits au pays, et même quelques grenades et autres armes explosives avaient pu être récupérés et détruits. L’équipe de nettoyage avait également fait du bon boulot, tous les corps que j’avais laissé derrière moi avaient été récupérés et disposés de manière à ce qu’on entendent plus jamais parler d’eux. Ça, c’était un des avantages de travailler pour le gouvernement : le travail était toujours propre une fois la «grosse job» terminée. Puis il en vint à mon cas, mes oreilles avaient recommencé à être 100% opérationnelle alors que j’entendis :

—    Catalina…

—    Oui mon Commandant?, lui dis-je dans un murmure.

—    Voyez-vous, unité 0797, l’agente Rodriguez a accompli une fois de plus un travail remarquable. Seul bémol à son rapport, elle a laissé s’échapper un témoin important de la scène. Une certaine femme qui a abattu une cible qui s’apprêtait à la tuer. Cette situation est alarmante. Bien que je félicite l’agente Rodriguez pour le reste de la mission, cet élément n’est pas à négliger. Nous devons impérativement retrouver la trace de cette femme, puis Rodriguez, vous savez ce que vous avez à faire une fois retrouvée. Vous devrez la liquider. On ne peut se permettre de risquer la confiance du public en laissant un témoin sur cette mission.

—    Oui, mon Commandant, répondis-je, soudain beaucoup plus sure de moi qu’à peine quelques instants auparavant.

Mes collègues me regardèrent, ricaneurs. Ces enculés, j’aurais bien d’autres occasions de rire d’eux aussi sur leurs bévues en mission. Je lançai un coup de pied sous la table en plein dans la rotule de mon plus fidèle acolyte, l’agent Smith. Je le regrettai aussitôt, la douleur à la blessure de guerre sur ma hanche m’élançai, me rappelant que j’avais été touchée comme une amatrice par ce délinquant que j’avais tué quelques jours plus tôt.

Smith me lança un regard défiant, ses yeux m’exprimait clairement que je n’en aurais pas fini avec lui. Tant pis, je savais qu’il avait déjà fait pire erreur en mission, je pourrais le lui remémorer s’il en venait trop dérangeant. Je sirotai mon café latte à la citrouille encore tout chaud alors que mes pensées divaguèrent à nouveau loin des sujets encore abordés à la réunion. Je repensai à la femme. Son agilité quand elle se déplaçait, sa grâce. Ses magnifiques yeux qui m’avaient regardé avec malice, pétillant. Sa bouche, souriante, figée dans un sourire narquois m’étant adressé. Et maintenant je devais la tuer. Pour la première fois depuis un bon moment, je n’avais aucune envie d’exécuter un ordre de mon commandant…

—    Cata, toc toc toc… Il y a toujours quelqu’un?, me lança Smith sur un ton ricaneur. La réunion est finie, les nouveaux ordres de mission nous serons acheminés plus tard en journée.

—    Tu ne perds rien pour attendre, toi, lui marmonnai-je du tac au tac. Je déteste que tu m’appelles comme ça, tu le sais!

—    Haha! Ça peut bien être toujours les mêmes qui prennent les balles, avec une attitude pareille. Viens, je te paie le lunch, Cali.

—    Merci, j’étais sur le point de me demander pourquoi je te parlais encore, petit emmerdeur!

Je me levai de ma chaise, elle émit aussitôt le son d’un meuble prêt à rendre l’âme. Décidément, quelques billets investis pour racheter de nouveaux meubles ici ne seraient pas du luxe. Note à moi-même : en faire part au directeur si jamais mon chemin venait à croiser le sien. Autrement dit, il y avait très peu de chance que cela arrive. Ma hanche me lançait de signaux d’alarme, mais je fis la sourde oreille : ce n’était pas une vulgaire petite blessure par balle qui allait m’empêcher de vivre, j’étais plus forte que ça. J’entrepris de marcher comme si de rien n’était malgré mes petites douleurs lancinantes. Smith ricanait toujours derrière moi en me glissant des «vilain petit canard» à la dérobée. Sacré Smith!

Notre amitié datait de tellement longtemps que je n’arrivais pas à me rappeler à partir de quel moment il était entré dans ma vie. C’était un homme parfait de tout point de vue. De deux ans mon ainé, il approchait dangereusement le cap des trente ans mais était toujours aussi beau gosse. Il avait une carrure athlétique, des muscles bien dessinés. Une gueule d’un type qui aurait facilement pu être mannequin, s’il n’avait pas préféré être agent secret. Le plus lointain souvenir que j’avais de lui remontait à notre entrainement pour être agent de terrain : je lui avais sacrément foutu une raclée lors d’un entraînement d’arts martiaux, puis nous étions devenus amis à partir de ce moment. Ou du moins, il avait fait son possible pour se rapprocher de moi dans le secret but de mieux me vaincre en connaissant mes points faibles.

Nous nous asseyions à une table éloignée du café, vieille habitude professionnelle obligent. Alors qu’il alla commander nos viennoiseries préférées, j’en profitai pour observer la salle. J’aimais voir tous ces gens rassemblés. Un couple se regardaient amoureusement l’un en face de l’autre sur une banquette plus loin, un vieil homme lisait son journal, une étudiante tapait frénétiquement sur son MacBook pro tout en sirotant son breuvage caféiné. Tant de normalité me paraissait apaisant. Parfois je me surprenais à imaginer ce que serait ma vie si je n’avais pas été recrutée par le gouvernement alors que j’étais si jeune, mais cette normalité m’effrayait. J’avais le sentiment d’avoir un devoir envers mon pays, et d’avoir besoin de me sentir utile, d’avoir besoin de cette poussée d’adrénaline lorsque je partais en mission. Je n’étais plus rien sans l’agence en fait, je ne connaissais rien d’autre.

Smith revint, deux croissants tout chaud et appétissant à la main. L’odeur vint lécher mes narines puis je salivais déjà juste à l’idée de croquer dans cette décadente pâtisserie que j’aimais tant. Il était la seule personne au monde en qui j’avais confiance, malgré que ma profession m’obligeait à quand même éprouver certaines réticences : j’avais appris depuis toujours qu’il ne fallait faire confiance à personne. Mais puisque Smith travaillait à l’agence avec moi, et qu’il faisait partie de mon unité, je lui confierais ma vie les yeux fermés à n’importe quel moment. Il me sortit de ma rêverie lorsqu’il s’exclama :

—    Ça pue la normalité, ici! Tu ne trouves pas?

—    C’est exactement ce que je étais en train de me dire, figure-toi, lui dis-je sur un ton amusée.

—    Ça ne te plairait pas tout ça, parfois? De simplement pouvoir prendre un café  dans un endroit magnifique comme ici… Sans avoir à penser à tous ces criminels qui menacent sans cesse la vie des gens? De fonder une famille, avoir une maison, un chien, une petite vie rangée en banlieue…

—    Épargne ta salive, Smith. Ce genre de vie-là, ce n’est pas pour nous.

—    Et pourquoi pas, me dit-il, un regard rêveur bien accroché à sa figure.

—    Parce que. Nous servons notre pays, c’est une bien meilleure cause qu’avoir une «petite vie rangée en banlieue», pour reprendre tes termes. Et si je me rappelle bien, autant toi que moi on a du talent à ce petit jeu, alors arrête de rêver, m’esclaffai-je.

—    Mais qu’est-ce que t’es grincheuse quand tu te prends une balle, toi.

Sur ces mots, il m’assena un petit coup de poing ferme sur le bras, joueur. Je lui lançai un regard amusée puis lui répondis qu’il valait mieux ne pas m’énerver, s’il ne voulait pas se prendre encore une raclée de ma part. Le reste du diner se passa sans accroc, nous discutions du travail, de nos entrainements de combats, des séances de tirs obligatoires imposés par l’agence. Des trucs normaux, quoi! Puis vint le sujet que je redoutais tant…

—    Alors, il parait que tu t’es sacrément fait baisée par cette femme, celle qui t’a laissée plantée sur le sentier après ta mission.

—    Qui t’as dit ça? Je ne l’ai mentionné que dans mon…

—    Rapport? Oui, bien justement. J’y ai eu accès. Ainsi que quelques autres collègues qui étaient bien content que ton score de missions parfaites diminue enfin.

—    C’est bien pour ça qu’on nous paye, non? Pour exceller dans nos emplois, lui répondis-je en levant les yeux au ciel. Je ne fais que mon travail, Monsieur Smith, finis-je avec un clin d’œil.

Alors comme ça, plusieurs collègues avaient eu accès à mon rapport de mission. Intéressant. Ça explique les quelques petits commentaires ricaneurs que j’avais reçu de la part de certains d’entre eux. J’allais avoir quelques motivations supplémentaires dans les prochains jours à exceller dans mes entraînements de combat décidément.

—    Et la fille? Est-ce qu’elle était sexy? Me demanda Smith, un air niais sur le visage.

—    Aucune importance, j’ai reçu ordre de la liquider je te signale, dis-je à voix basse, m’assurant que personne aux alentours n’avait pu m’entendre.

—    Et alors? Je pourrais vouloir la sauver de tes griffes si jamais c’était le cas, lança-t-il en haussant les épaules.

—    Tu es exaspérant, tu le sais? Je te tuerai si tu es dans mes pattes, lui défiai-je de mon regard.

Prenant un faux air offusqué, il me murmura :

—    Tu n’oserais pas, Mademoiselle Rodriguez. Qui viendrait te donner des croissants après ça…

Bon point.

Après notre dîner, ce fut l’heure de retourner à ce que j’aimais le moins de mon emploi d’agente de terrain : la paperasse à remplir. Bien qu’être au service du gouvernement avait de nombreux avantages, j’avais aussi de nombreuses responsabilités. Apparemment, le permis de tuer venait aussi avec son lot de complications. Je passai donc un après-midi à remplir des dossiers dans la plus grande monotonie.

Ce fut avec un grand soulagement que 17 heures arrivèrent enfin, et que je pus quitter le bureau. Les ordres de mission arriveraient à mon retour à la maison, si on pouvait appeler ça une maison. Étant donné que j’étais toujours en déplacement, je n’avais jamais vraiment eu de chez moi. J’habitais la majorité du temps dans des chambres d’hôtel, des cachettes du gouvernement ou autres endroits top secret, avec comme seul possession ma petite valise contenant très peu de choses personnelles. Il n’y avait qu’un seul objet auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux : une petite photo usée par les années et les manipulations trop fréquentes, illustrant mes parents et moi à la plage, alors que j’étais encore trop jeune pour m’imaginer la tournure que ma vie allait prendre. J’arrivai donc dans mon petit appartement modeste mais chaleureux qui me faisait office de demeure le temps que j’étais ici, à Washington. J’étais situé précisément à Langley, tout près des quartiers généraux de l’agence. Dans un endroit où seul eux savaient, afin d’éviter les risques que je sois surprise alors que je n’étais pas en mission.

En entrant, la première chose que je vis fut la version fade et fatiguée de ma personne que le miroir me renvoyait. Hormis le pansement que j’avais encore à la taille suite à ma blessure lors de ma dernière mission, j’avais l’air d’une femme tout à fait ordinaire qui rentrait d’une journée de boulot. J’étais vêtue d’un tailleur sombre, avec une chemise blanche impeccable en-dessous. Mes pantalons droits allongeaient ma silhouette déjà élancée. J’avais des jambes d’un kilomètre de long, me semblait-il. J’avais une carrure athlétique, des muscles saillants, preuve de toutes ces années d’entraînement. Mes lointaines origines brésiliennes laissaient sur ma peau un agréable hâle naturel que je n’avais nul besoin d’entretenir. Mes longs cheveux d’un brun presque noir était attaché en une queue de poney haute qui descendait telle une cascade d’ondulations sur mes épaules, me donnait un air professionnel et distingué. Mes yeux d’un brun profond, en amande, me reluquaient d’un air satisfait.  J’avais un charme dont j’étais nettement au courant, sans vouloir m’en vanter. En effet, il s’agissait d’un atout important dans mon métier, lorsque venait le temps d’une mission d’infiltration. La séduction était parfois une arme aussi pernicieuse qu’un couteau et disons-le, bien moins salissante.

Je restai là, assise sur l’unique sofa qui aménageait mon salon, à attendre le fameux signal. Ce doux moment où ma télévision serait encryptée par les services secrets pour que mon commandant me refile mon prochain ordre de mission. J’adorais ces moments, les nouvelles missions me procuraient toujours un sentiment d’excitation. J’espérais être encore seule sur la prochaine, je n’étais pas habituée de travailler en équipe alors que je savais que j’excellais toujours sur les missions en solo. Mettre la réussite d’une mission sur d’autres agents, aussi fiable soient-ils, me mettait sur la corde raide. J’étais une solitaire, et mettre ma confiance entre les mains d’une autre personne que des miennes m’était toujours assez difficile à supporter, exception faites pour Smith. J’eus le signal qui me sortit de mes pensées : trois petits flash de lumière rouge provenant d’une miniature caméra parfaitement dissimulée dans le grillage de ventilation de la télévision. À partir de ce moment, je devais actionner la communication manuellement, procédure de sécurité oblige, en composant un code secret avec les boutons de la télécommande. Cette procédure visait à éviter que quiconque ne puisse enclencher quelconque mesures de sécurité ou de communication à partir de mon QG perso.

Le visage de mon commandant apparut aussitôt à l’écran, bien assis à son bureau de l’Agence, avec en arrière-plan la grande bibliothèque de bois sombre qui ornait le mur du bureau de mon supérieur. Un drapeau des États-Unis était fièrement installé à sa droite. Il arborait son uniforme habituel orné de toutes les médailles reçus au cours de sa longue carrière militaire. Il me regardait d’un visage grave qui ne m’était pas familier. À quoi allais-je avoir droit…

—    La situation est plus grave que ce qu’on s’imaginait, Agente Rodriguez… L’ordre de tuer que vous avez reçu ce matin vient de prendre une autre tournure. Selon les images que nous avons pu extraire des caméras de sécurité, il s’agirait d’une agente de terrain de la NSA, disparue il y a de cela quelques années lors d’une mission qui avait mal tournée. Elle s’appelle Lexy Williams, elle a 28 ans et fait partie des services secrets depuis qu’elle a 19 ans. C’est une agente hors pair pour les combats rapprochés et le tir au sniper. Son arme de prédilection est le couteau, alors vous devrez être très prudente sur ce coup. Il nous la faut vivante, nous devons absolument l’interroger. Le fait qu’elle ait pu vous aider sur votre dernière mission nous porte à croire qu’elle veut peut-être entrer en communication avec l’agence. Mais il faut être méfiant, une agente disparue en mission qui réapparait des années plus tard n’est jamais bon signe…

—    Oui, mon Commandant. Avez-vous idée où la trouver?

—    Elle a été aperçue à l’aéroport il y a de cela quelques heures, elle prenait un vol pour Berlin. Vous irez donc à Berlin, et votre mission principale sera de retrouver une taupe de nos services. Nous avons reçu l’information que cet individu, Paul Ramirez, aurait rejoint les rangs d’une organisation criminelle qui s’apprêterait à planifier un attentat terroriste sur notre territoire. Il aurait vendu des informations classé top secret à ces criminels, et s’apprêterait maintenant à les aider pour la planification de l’attaque. Il a en sa possession une clé USB contenant les informations confidentielles. Vous devez le trouver et l’arrêter pour le ramener au pays, afin d’être interrogé et jugé à la cour martial puis retrouver cette clé USB afin de la détruire. Vous devrez aussi en profiter pour retrouver cette agente, et procéder à son arrestation. Le jet vous y emmènera dans une heure, soyez prête.

—    Oui, mon Commandant, répondis-je avec une attitude professionnelle.

—    Ah et j’oubliais… Vous serez seule sur cette mission.

Et la communication fut interrompue aussitôt. Cette ex-agente Williams ne me disait rien qui vaille… J’avais toujours le même mauvais pressentiment que je loupais quelque chose, ou qu’un événement grave allait se produire. J’avais hâte de mettre le grappin sur elle, j’allais assurément en profiter pour mener mon propre interrogatoire. Quant au traitre, c’était dommage qu’il faille que je le ramène vivant. Les taupes étaient pour moi le cancer des services secrets, non seulement cet agent avait trahi son unité, ses collègues et tous ceux qui lui faisaient confiance, mais il avait également trahi son pays. Aucune raison n’était bonne pour oser tel affront et je l’aurais certainement tué sans aucune pitié.

J’étais malgré tout bien contente d’être seule sur la mission. Mais ça voudrait également dire qu’en territoire ennemi, je n’aurais personne pour voler à mon secours. Bien sûr, j’avais toujours sur moi un dispositif GPS de sécurité que je pouvais activer si je sentais ma vie menacée, mais les renforts n’arriveraient jamais assez rapidement. Peu importe, j’étais surentraînée pour ce type de mission.

Je préparai rapidement ma valise. Quelques vêtements, tous noirs, puis le plus important : mes armes. Je choisis mon glock préféré avec trois chargeurs, tous pleins, puis une boîte de munition supplémentaire. Mes petites étoiles de ninja, puis quelques couteaux qui se dissimulaient bien dans mes vêtements s’ajoutèrent au voyage. J’avais aussi ma puce GPS, dissimulée dans une boucle d’oreille que je pouvais activer à partir de ma montre. Une oreillette me permettait de garder contact avec mon équipe d’agents de bureau qui commandaient mes missions à distance lorsque j’étais à l’étranger. J’emmenai mes lunettes de vision nocturne, qui pouvait être bien utile pour espionner les ennemis la nuit. Et pour terminer, mon petit bijou : mon fusil de précision Mk 15 à capacité de 5 balles avec chargeur détachable. Il était utilisé avec des munitions de gros calibre .50 BMG et avait une portée pratique de 1600 mètres mais un tireur d’élite canadien détenait le record d’un tir létal à 3 540 mètres, ce qui était assez impressionnant. Le reste de l’équipement que je pouvais avoir besoin était déjà à bord du jet qui m’emmenait à Berlin : de l’équipement d’escalade, de l’équipement spécialisé d’infiltration, de défense, etc…

Je montai à bord du jet avec un bon vingt minutes d’avance. Dans l’avion m’attendait un de mes collègues, l’agent Miller, pour le briefing de la mission. Je m’asseyais en face de lui, sur un confortable et moelleux siège en cuir blanc. L’avion devait être récent, ça sentait encore cette odeur caractéristique lorsque l’on s’achète un véhicule mélangé à l’odeur des bancs en cuir. Miller pris de grandes inspirations, puis je remarquai qu’il tenait les bras de son siège très fort. Le bout de ses doigts était blanc tellement il les serrait. Je voyais la veine dans son coup palpiter, signe que son cœur battait à toute vitesse. Ah ces agents de bureau, la moindre petite adrénaline et ils flanchaient sous la pression. Je me fis rassurante, lui pressait la main pour le détendre, lui murmurai des paroles réconfortantes. Dire qu’il n’aimait pas l’avion était un euphémisme, pur et dur.

Une fois le décollage de l’appareil réussit et notre vitesse de croisière atteinte, je le vis se détendre. Il le fallait bien, un vol d’un bon neuf heures nous attendait, et pas question de les passer avec un mec qui avait de la difficulté à respirer calmement en altitude,  le voyage aurait été bien trop pénible. Miller entreprit de me donner tous les détails importants concernant les deux cibles et la clé USB que je devais détruire. La taupe, Paul Ramirez, avait acheté des billets pour assister à un théâtre qui aurait lieu au Deutsches theater. Je devais m’y infiltré et le retrouver. J’avais une magnifique robe noir délicate et sophistiquée qui me faisait office de déguisement pour entrer au théâtre. Ma couverture était excellente. J’étais maintenant Maria Escobar, une riche femme d’affaire espagnole œuvrant dans le domaine des nanotechnologies venue ici pour une entente commerciale avec un fabricant. Je devais m’approcher de la cible pour qu’il m’accorde sa confiance, puis réussir à lui soutirer des informations quant à l’emplacement de la clé USB, pour ensuite l’arrêter et le remettre à mon équipe. C’était, en théorie, une mission sans violence.

Lorsque nous ne fûmes qu’à une heure de notre destination, je m’en allai me préparer pour le fameux théâtre. J’enfilai la robe, je mis des talons puis je rassemblai mes longs cheveux en un chignon maintenu en place grâce à deux baguettes pointues qui pouvaient me servir d’arme en cas d’urgence. Je me fis un maquillage charbonneux, accompagné avec un rouge à lèvre rouge écarlate. J’avais une allure de femme fatale : en plein ce que j’allais avoir besoin pour cette mission. J’étais plus que satisfaite de l’apparence que le miroir me renvoyait : j’avais l’air d’une richissime femme inaccessible et irrésistible. Mes traits latinos me donnaient un je-ne-sais-quoi tout à fait charmant. J’avais camouflé dans de petits étuis spécialement conçus à même ma robe de petits couteaux, puis une sorte de jarretelle attachée à ma cuisse me servait d’étui pour mon flingue. Puis la touche finale, j’avais deux paires de menottes qui n’attendaient qu’à être aux poignets de mes deux cibles. J’étais prête.

Le jet atterrit enfin, puis c’est blanc comme un drap que mon collègue sortit de l’avion, ayant encore plus peur des atterrissages que des décollages. Je ris doucement de lui, le taquinant. Un peu d’humour n’avait jamais fait de mal à personne, surtout qu’il s’était bien moqué de moi avec les autres pour ma blessure. Je n’avais pas de gilet pare-balle ce soir… J’espérais ne pas en avoir besoin. Je me disais que de toute façon, ça ne se camouflait pas bien sous ma robe, et en théorie je n’aurais pas besoin d’armes pour ma mission…

      Un chauffeur me déposa en limousine au théâtre, histoire de bien jouer ma couverture. Je descendis, aidée de mon chauffeur, puis je marchai jusqu’aux grandes portes du théâtre. Que le spectacle commence!